Le jour du chien, p. 18-19
Moi, mes parents m’ont abandonné. Dans un sens, ça facilite les choses, je veux dire que je n’ai pas besoin d’écrire en tant qu’enfant malheureux, comme ils le font dans Ados ou dans Teens. À ces revues-là je n’ai rien à dire, rien à créer, même, je ne sais pas pourquoi. Je lis simplement les histoires des jeunes qui se plaignent que leurs parents ne les laissent pas fumer, ou sortir, ou quitter l’école, ou avoir une voiture, ou passer la nuit entière avec leur petite amie. J’ai déjà pensé leur écrire, mais je n’aurais rien à dire que : « Moi, mes parents m’ont abandonné. » Puis basta. Parce qu’une fois que c’est fait, où est le problème ? Il n’y en a pas, voilà. On suit une ligne droite, comme ce chien qui courait après une voiture, une auto invisible, trop rapide pour lui, et que personne ne peut montrer du doigt parce que bien sûr personne n’a rien vu quand on a jeté le chien dehors. Les gens crient pour vous appeler, pour vous sauver, pour vous cajoler à la place de ceux qui vous ont jeté dehors, mais on se contente de suivre la trace, toujours la trace, qui devient de plus en plus difficile à suivre, mais ça ne fait rien, c’est devenu un automatisme, on a mis le cap, et on continue. Cette sorte d’obsession est plus simple que tous les états d’âme du monde, c’est sans pensée, c’est comme un camionneur sur l’autoroute de Bruxelles à Paris, on va droit devant soi, et au bout il y a une montagne de viande morte qui ne saigne même plus, elle est simplement rouge, rose, blanche, et froide, très froide, ce qui fait qu’on est devenu végétarien, sans hésiter, sans jamais changer d’avis. Dans un sens, c’est facile, on ne revient pas en arrière, on ne voit plus les yeux des bêtes qui vont mourir, on se retire de la responsabilité, on est propre, léger, et les journaux aiment ça, un camionneur léger et propre, qui est végétarien et n’arrête pas d’écrire sur les animaux qu’on abandonne et sur les enfants qu’il faut éduquer pour que ça n’arrive plus jamais.
De dag van de hond,
vertaald door Rokus Hofstede, uitgeverij G.A. Van Oorschot, Amsterdam, 1999.
Lang heb ik gedacht dat je zou zijn als die hond die ik op de snelweg zag, een maand of zes geleden : een dier dat doof en blind was van paniek en verlatenheid.
Traduction Rokus Hofstede, pour les éditions Van Oorschot, Amserdam, 1999
Il giorno del cane, traduzione di Stefania Ricciardi, dell’edizione Voland, Roma, 2001.
Ora lo so. Lunedi scorso, nell’attimo in cui ho visto quel cane sull’autostrada, mi è apparso in un lampo il nome che mi aspettava. Une cane impazzito, smarrito, un cane al galoppo, con la morte alle calcagna, ecco chi sono.
Traduction Stefania Ricciardi, pour les éditions Voland, Rome, 2001.